Echanges sur la technologie positive

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Echanges sur la technologie positive

Notre engagement dans la course au changement a été l'occasion de rencontrer Jean-Marc Potdevin, et d'échanger avec lui au sujet de ce que l'on appelle la “tech positive”. Jean-Marc a un long parcours au service de l’innovation : CTO de Kelkoo au début des années 2000, puis Vice-Président ingénierie de Yahoo Europe, il devient business-angel et participe à la création ou développement d’une dizaine de startups internet de la FrenchTech. Alors qu’il était COO de Viadeo en 2012, il s’est retrouvé confronté à des situations de détresse de personnes SDF rencontrées quotidiennement dans la rue, se trouvant souvent démuni ou seul face aux problèmes de ces personnes. Il a imaginé et concrétisé une solution pour les aider, en s’appuyant sur la technologie.

 

Retour sur un entretien passionnant, qui met en perspective la technologie et ses bienfaits mais aussi quelques conséquences plus sombres de ce qu’elle apporte…

 

Avant toutes choses, comment définir la tech positive ?

“A la base, la technologie est en elle-même neutre. Elle n’est ni négative ni positive. Malheureusement, par conception ou par finalité, elle peut perdre sa neutralité. La technologie positive est donc une technologie, ou un usage de la technologie, qui vise à servir le Bien Commun et l’humain, ce qui implique un respect de la planète.”

Le premier exemple qui vient à l’esprit est évidemment celui d’Entourage, fondé par Jean-Marc. Entourage est un réseau social solidaire et civique. Il vise à aider les riverains à changer leur regard et entrer en relation, agir collaborativement et fraternellement avec les personnes sans-abri de leurs rues.

 

En quoi Entourage est-il un réseau social plus positif que les autres ?

“Malheureusement on sait maintenant que des réseaux sociaux très répandus utilisent parfois des techniques tout à fait discutables pour capter l'attention de leurs utilisateurs. L'objectif est souvent de les rendre “addict” pour qu'ils se connectent et utilisent le réseau et son application plusieurs fois par jour.”

Les fonctionnalités comme le “like”, le suivi du nombre de followers, alimentent le besoin de vanité de chacun, et donnent envie de se connecter encore et encore. Au-delà de l’addiction se présente le risque de l’absence de diversité, et en toile de fond, une déconnexion avec la vie réelle. Les algorithmes de ses services vous proposent des mises en relation avec des profils similaires au vôtre et vous proposent également des contenus semblables à ce que vous avez déjà lu, commenté ou partagé. “Au final ça tue la connexion avec la vraie vie et cela ne fait que générer des clashs, des petites guerres sur les réseaux sociaux : les gens ne se comprennent plus” témoigne Jean-Marc. Entourage, lancé en 2014, propose un réseau social basé sur l'action et sur l'entraide. Il promeut les rencontres dans la vraie vie, avec des profils potentiellement différents, favorisant la mixité et la diversité.

 

Comment diffuser ces principes et faire tache d’huile ?

Ces bons principes ont été repris par l’initiative Tech For Good, une des premières initiatives françaises visant à embarquer des entrepreneurs associés à la tech positive. Cela a permis de poser la définition et de diffuser les idées associées. Cependant, pour Jean-Marc, la définition est incomplète, car il faut se poser les bonnes questions… Toutes les bonnes questions.

Il existe de nombreuses technologies positives, on a créé des technologies qui permettent aux startups de faire de l’hyper-croissance. Mais quels sont les impacts d’une telle croissance ? La technologie peut être positive mais son développement et sa croissance peuvent impacter des écosystèmes en place, qu’ils soient économiques, sociaux ou naturels.” C’est vrai que certains business models ont disrupté des secteurs qui se retrouvent alors en difficulté. Et on sait aussi que la technologie est un grand consommateur d’énergie et de ressources naturelles… Il n’est pas si simple de définir ce qu’est le bien commun, auquel la technologie positive prétend contribuer. Alors il faut une vision large du problème. “Ce qui m’intéresse c’est d’amener les entrepreneurs à se poser les questions de leur impact global, l’intelligence humaine fera le reste”.

 

Appréhender le problème dans son ensemble.

Pour Jean-Marc, il y a d’autres questions à se poser. Et y répondre ne sera pas toujours facile. Il nous met en garde et nous invite à garder en tête que la technologie peut asservir l’Homme et impacter notre liberté. L’humanité passe de plus en plus de temps à utiliser ou entretenir les différentes technologies qu’elle utilise. Acheter des cartouches d’encre, entretenir sa voiture, réparer son électroménager, payer les assurances pour ces différents produits… voici autant d’activités désormais habituelles mais qui n’existent que pour permettre l’usage de la technologie. “Prenons l’exemple du courrier : avant, traiter le courrier prenait du temps. Il fallait écrire, avoir des timbres, aller à la poste… On ne traitait que quelques courriers par jour. Le mail a permis de gagner un temps fou. On aurait pu s’attendre à un gain de temps et une meilleure qualité vie... Et à la place on a multiplié par 10 ou par 100 le nombre de messages que l’on traite chaque jour” illustre Jean-Marc. C’est aussi le cas de la voiture : le temps gagné par la vitesse du moyen de transport a été transformé en temps passé dans la voiture, car on veut aller plus loin ! 

Le risque d’asservissement face à la technologie est bien réel. Mais ça n’est peut-être pas le pire… La troisième question à se poser serait celle de la perte de nos facultés, un “risque de déshumanisation par la technologie” selon JM Potdevin. En effet, à force de s’appuyer sur la technologie et les machines, on risque de perdre des savoir-faire. Le GPS est pratique, mais ne nous a-t-il pas fait perdre nos capacités d’orientation et de lecture de carte ? Idem, pour le smartphone et la capacité à retenir un numéro de téléphone. Le dénominateur commun serait une surconsommation de technologies, de plus en plus immiscées dans le quotidien. Alors, que faire ? On se déconnecte et on prône le retour à la terre ?

 

Sensibiliser, éduquer et accompagner

Et non, la fin de la technologie n’est pas au programme. Si la technologie devient trop oppressante, l’humanité ne va-t-elle pas vouloir s’en débarrasser ? Pour Jean-Marc, “Si on veut continuer dans cette progression vers un monde de plus en plus numérique, il faut une technologie qui respecte l’humanité et qui permette une réelle liberté.” Il faut une technologie positive “by design”. Pour ce faire, il faudra apprendre à chacun comment y parvenir. Comme souvent, l’éducation et la formation seront clé. Le seul hic, c’est le formateur ! Traditionnellement l’éducation est faite par les anciens envers les plus jeunes. Désormais avec la technologie, ni les professeurs, ni les parents ne maîtrisent totalement les technologies. On offre énormément de possibilités aux utilisateurs, et aux plus jeunes… Qui sont un peu livrés à eux-mêmes. Il faut donc accompagner à tous les niveaux. Pour avancer concrètement, la piste d’un label est proposée par Jean-Marc Potdevin : “On pourrait s’inspirer des démarches suivies dans le domaine de la qualité ou plus récemment dans le product design et l’éco-conception”. Cela permettrait de définir des critères à respecter et d’avoir des règles de conception à destination des entrepreneurs.

La tech positive a donc un objectif clair : faire en sorte que la technologie vise le bien commun, et dans l’idéal de façon globale, sans se concentrer sur un microcosme. La théorie apporte son lot de questionnements, passionnants et utiles pour se remettre en question. En pratique, c’est plus simple : il suffit de se lancer ! Comme cela a été fait par Entourage, puis par LinkedOut, de nombreuses initiatives sont bonnes à prendre. L’intelligence collective et l’agilité feront le reste.

 

 

Advens a décidé d’offrir la visibilité et le naming de son IMOCA Advens for Cybersecurity hautement performant à LinkedOut, une idée d’Entourage. Ce modèle de la tech positive propose, en complément d’un dispositif basé sur la viralisation des CV, un parcours d’accompagnement au retour à l’emploi pour des personnes en situation d’exclusion. A travers ce geste, Advens ouvre la voie de « La course au changement » qui vise à embarquer le plus grand nombre d’entreprises et leurs collaborateurs pour changer la donne de l’inclusion en France.

Curieux ? Participez à l’un des webinaires Entreprises organisés chaque jeudi 12H/13H !

 

 

Benjamin Leroux, Innovation & Marketing, Advens